Comme chaque trimestre, « Propriétaires » vous propose de partir à la découverte d’une région ou d’un département, à travers son marché immobilier, bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, en nous attardant sans la moindre prétention d’exhaustivité sur ce qui fait son charme : spécialités gastronomiques, centres d’intérêt, sites remarquables… Dans ce numéro, cap sur la région Grand Est, avec deux guides occasionnels : Joël Chéron et Rémy Bonnemberger, sociétaires du Réseau à Saint-Louis (68) et Epinal (88).

IMMOBILIER : UN MARCHE A MILLE FACETTES

« A Saint-Louis, nous sommes très très atypiques, prévient d’emblée Joël Chéron. La ville elle-même ne compte que 20 000 habitants ; l’agglomération, autour de 70 000. Mais nous constituons la banlieue française de Bâle. Nous nous trouvons donc sur un marché très particulier, avec deux types clientèles très différentes. 95 % de nos clients ont au moins un salaire suisse et mettent l’accent prioritairement sur la qualité, sans trop s’attarder sur le prix. Les autres chercheront plutôt des biens bon marché. D’une manière générale, le milieu de gamme est beaucoup moins demandé ».

La clientèle est donc très cosmopolite, et comprend beaucoup de Suisses, de Britanniques ou même de ressortissants des pays de l’Est qui travaillent à Bâle. Cette spécificité est encore renforcée par la proximité de l’Allemagne. Revers de la médaille : le marché est extrêmement concurrentiel, avec 35 agences pour un bassin de 70 000 personnes. « Nous n’avons donc pas été épargnés par les difficultés qu’ont connues nos confrères des autres régions ces dernières années mais, partant de plus haut, nous sommes descendus moins bas.».

Epinal, préfecture des Vosges, connaît une situation plus classique, prévient Rémy Bonnemberger, celle d’une ville de province de 25 000 habitants au cœur d’une agglomération de 40 000 âmes.

« Il faut distinguer Epinal même, où nous enregistrons une belle activité sur 2016 avec des prix stabilisés, et ses alentours. Dès que l’on quitte les sentiers battus, seuls les biens qui sortent vraiment de l’ordinaire trouvent preneurs. Pour les autres, c’est vraiment plus compliqué. Dans tous les cas, seuls les biens de qualité, sans travaux et au prix du marché, se vendent ».

Au-delà de ces deux coups de projecteur, décrire en quelques lignes le marché d’une région aussi vaste et disparate, de ces cinq grandes métropoles (Metz, Mulhouse, Nancy, Reims et Strasbourg) aux communes nichées dans le massif vosgien relèverait de la gageure ! « Gérardmer en constitue peut-être la meilleure illustration, avec une forte demande pour les résidences secondaires qui, jusque dans les villages voisins, fait grimper les prix bien au-delà de ce que peuvent se permettre les acquéreurs locaux ».

DES VILLES PLAISANTES

Cette proximité de la nature n’est pas pour rien dans la qualité de vie spinalienne. « A Epinal, nous disposons de tous les équipements d’une ville, avec la forêt à portée de jambes. Il est très simple d’y pratiquer tous les sports de plein air possibles et imaginables, tout en profitant d’une offre culturelle et d’infrastructures de qualité, dans une ville à taille humaine, dont le cœur est assez vivant. C’est un gros village, sympathique et très bien équipé ».

Au-delà de son influence sur le marché de l’immobilier, la situation géographique de Saint-Louis a également un impact sur les conditions de vie de ses habitants. « Economiquement, nous sommes considérés comme l’un des lieux les plus favorisés de France, se réjouit Joël Chéron, avec un pouvoir d’achat élevé et une situation de l’emploi dynamique. Côté qualité de vie, nous sommes tout aussi privilégiés : les gens viennent rechercher les loyers et la qualité de vie français, vont faire leurs courses en Allemagne où la vie est moins chère, avec des salaires suisses ! »

Plus largement, l’Alsace est une région où il fait bon vivre. « Nous sortons d’une période extraordinaire, qui va de la Saint-Nicolas à Noël, avec notamment les marchés de Noël, qui sont une tradition encore très vivante chez nous. Mais, toute l’année, nous sommes à une heure de la Forêt noire, des Vosges ou de montagnes qui, côté suisse, culminent à plus de 3000 mètres ».

LE(S) SITE(S)

Au risque de tomber dans le cliché, impossible de ne pas commencer par évoquer les Images d’Epinal. « Connues dans le monde entier, elles étaient quelque peu tombées en désuétude, concède Rémy Bonnemberger. Mais depuis deux ans, une nouvelle équipe, dynamique et pleine d’idées, est en train d’insuffler une nouvelle jeunesse à cette imprimerie vieille de 200 ans. Avec l’apport de nouveaux artistes, elle a aidé le musée de l’Image à basculer dans le 3ème millénaire, ouvert une boutique à Paris, une autre à Londres… Culturellement, c’est très intéressant.»

Côté nature la frontière entre Vosges et Haute-Saône, le secteur des mille étangs est un des endroits préférés de notre guide d’un jour. « C’est comme un petit Canada ! Vous êtes en pleine nature, avec des points d’eau partout. C’est magnifique. L’offre de tourisme vert est inépuisable. Et puis, il y a les pistes de ski et les chemins de ski de fond des Hautes Vosges… »

Mais revenons aux traditions et à l’histoire, dont la région est pétrie, parfois douloureusement. Rouvert depuis moins d’un an après trois années de travaux, le Mémorial de Verdun témoigne, à l’image de nombreux autres sites meusiens, de ce que fut la première guerre mondiale.

Beaucoup plus léger, le détour par Epernay s’impose également. La ville compte presque autant de kilomètres de caves que de rues : 110 contre 130 ! Elles cachent un véritable trésor : plus de 200 millions de bouteille de champagne. Enfin, le Grand Est accueille 99 % des manufactures de verre en France. Pourquoi ne pas visiter le musée du cristal, à Baccarat ? 1100 objets vous y attendent, au cœur même de la cristallerie. Et tant que nous y sommes, la région abrite aussi l’un des plus grands musées d’automobiles au monde : la Cité de l’automobile de Mulhouse, riche de près de 500 véhicules de prestige, de 98 marques, dont la plus importante collection de Bugatti au monde et une quinzaine de Rolls Royce !

L’EVENEMENT

Tous les ans, « Rues et Cies » transforme Epinal en un théâtre à ciel ouvert. « C’est le plus ancien festival de théâtre et de spectacles de rue de France. Depuis plus de trente ans, pendant deux jours et demi, plus de 150 représentations gratuites sont proposées dans tous les coins de la ville. En juin dernier, une quarantaine de compagnies françaises et étrangères, professionnelles ou amateurs, y ont participé. »

Dans un tout autre registre, le Festival international du film fantastique de Gérardmer est devenu, en un quart de siècle, une référence. L’an dernier, le jury, présidé par Claude Lelouch, accueillait des personnalités comme Mathilde Seigner, Elsa Zylberstein, Jonathan Lambert ou Dominique Pinon.

Autre référence mondiale : Art Basel qui, tous les ans, attire de l’autre côté de la frontière tous les amateurs d’art contemporain. « Bâle est, avec Miami, Hong Kong et Paris, l’une des capitales mondiales en la matière, souligne Joël Chéron. Les musées et fondations y sont légion, c’est exceptionnel ! »

Retour en France, pour flâner dans le « Jardin éphémère » qui, pendant un mois, fleurit chaque automne sur la célèbre place Stanislas, à Nancy. Un peu plus tard, les 300 chalets répartis sur une dizaine de sites strasbourgeois font du Christkindelsmärik l’un des plus anciens (1570) et plus grands marchés de Noël d’Europe.

CUISINE ET DEPENDANCES

Gastronomiquement aussi, la région est riche et variée. Inutile sans doute de présenter la choucroute… Mais l’Alsace recèle bien d’autres spécialités, rappelle Joël Chéron. « Vous connaissez sans doute le Baeckeofe, plat traditionnel à base de légumes et de viandes marinés, que les villageoises faisaient cuire dans le four du boulanger. Il y a aussi les fleischschnackas, littéralement escargots de viande. C’est une pâte à nouille roulée, garnie de viande, d’ail, d’oignons et d’herbes, découpée en tranches et cuite dans un bouillon ». Petit clin d’œil aussi en passant aux bretzels, à la flammekueche (tarte flambée), au Munster, aux spätzle (nouilles pochées puis poêlées au beurre) ou au berawecka (petit pain aux poires et aux fruits secs).

Versant lorrain, comment ne pas citer la célèbre quiche ou la potée ? Rémy Bonnemberger leur préfère pourtant la toffaille vosgienne. « C’est un mélange assez roboratif de pommes de terre, lard et oignons. D’une manière générale, il s’agit souvent d’une cuisine familiale, montagnarde, comme la tarte aux brimbelles confectionnée avec les myrtilles ramassées sur le bord des chemins ou le miel de sapin. Il y a aussi le Vin bleu, produit dans les Vosges et de nouveau commercialisé après des décennies de disgrâce… »

Les amateurs pourront aussi choisir l’un des célèbres crus alsaciens : Sylvaner, Gewurztraminer, Pinot blanc, noir ou gris, Muscat, Edelzwicker, Riesling… A moins qu’ils ne s’orientent plutôt vers des nombreuses bières locales, ou choisissent de déboucher une bouteille de Champagne, autre orgueil de la région déjà évoqué plus haut. A consommer avec modération, bien sûr. D’autant qu’il serait dommage de ne pas goûter l’un des nombreux alcools produits dans le Grand Est : kirsch, mirabelle, quetsches et eaux de vie en tous genres…

LE GRAND EST EN QUELQUES CHIFFRES

x agences à l’enseigne du réseau L’ADRESSE

4 pays frontaliers (Allemagne, Belgique, Luxembourg, Suisse)

10 départements (Ardennes, Aube, Bas-Rhin, Haute-Marne, Haut-Rhin, Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Vosges)

08 – 10 – 51 – 52 – 54 – 55 – 57 67 – 68 – 88 : les numéros minéralogiques

80 % du territoire dédiés à l’agriculture et à la forêt

5195 communes

57 800 km²

87 150 résidences secondaires

239 933 logements vacants

2 416 820 résidences principales

5 552 388 habitants

Grand Est

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